Une lueur d'espoir: Survivre aux deux semaines d'attente par Judith Daniluk, Ph.D. et Emily Koert, M.A. (Automne 2011)

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UNE LUEUR D’ESPOIR : SURVIVRE AUX DEUX SEMAINES D’ATTENTE
par Judith Daniluk, Ph.D. et Emily Koert, M.A.

« Hier j’ai passé une très mauvause journée, puis je me suis rappelée que l’implantation prend de 6 à 12 jours et que le niveau de HCG dans mon organisme n’est peut-être pas encore à un niveau détectable… Un fil très mince quand on s’accroche à une lueur d’espoir. »

Les deux semaines d’attente fatidiques après un traitement de fertilité – appelées 2WW, pour 2 week-wait dans les forums de discussion anglophones – sont décrites comme étant l’une des étapes les plus stressantes, sinon la plus stressante, du processus, qu’il s’agisse d’insémination intra-utérine (IIU), de FIV ou d’injection intracytoplasmique de sperme. Après avoir connu le stress des multiples examens et injections, puis une une grande détresse lorsque vous avez dû exposer votre corps et votre vie sexuelle, il vous reste encore à affronter deux semaines de torture dans l’attente de savoir si vous ferez partie des chanceuses qui battent les statistiques et entreprennent une grossesse viable.

« Je suis dans un triste état et j’ai vraiment l’impression de perdre la tête. » Il est notoire que la période entre l’implantation et l’attente des résultats créent chez les femmes et les couples des sentiments d’anxiété extrêmes. Les femmes se rendent folles à interpréter des symptômes tels que la sensibilité des seins, la fatigue et la nausée comme des signes indicateurs d’une grossesse viable. Ces lueurs d’espoir aident les femmes et leur partenaire à traverser la douloureuse période d’attente. Malheureusement, la nature cruelle fait en sorte que les symptômes prémenstruels peuvent imiter les premiers indices de grossesse.

Avec la FIV et l’ICSI, le stress est parfois encore plus grand du fait que le transfert d’embryon amène la femme à une étape encore plus proche d’une grossesse véritable, mais, parallèlement, il exacerbe son sentiment de responsabilité face à l’issue du traitement. Pour cette raison, les femmes tentent souvent de faire de leur corps le « réceptacle parfait » pour l’embryon en recourant à des stratégies telles que s’absenter du travail, réduire ou éliminer toute activité physique ou encore renoncer à tous les aliments interdits ou à toute pensée négative.

Cependant, rares sont les preuves à l’effet que les stratégies comme la pensée positive ou la gestion du stress peuvent accroître de manière significative les chances de succès. En fait, lorsque la psychologue Jacky Boivin et ses collègues de l’Université Cardiff ont passé en revue 14 études portant au total sur 3583 femmes infertiles ayant subi des traitements de fertilité, elles n’ont trouvé aucun lien significatif entre le niveau de stress chez une femme et ses chances d’obtenir une grossesse.1 Par contre, plusieurs données montrent que des femmes peuvent devenir enceintes dans des situations de stress extrême (par exemple au cours d’agressions sexuelles). Il devrait être rassurant pour les femmes et leur partenaire de savoir que, malgré le stress inévitable de la période d’attente, la grossesse est toujours possible.

En réalité, une fois que les médecins et les scientifiques ont fait tout ce qu’ils pouvaient, il y a peu de chose que vous ou votre partenaire puissiez faire pour améliorer vos chances de succès. Consommer des aliments recommandables et avoir des pensées positives seront très bénéfiques à votre santé mentale pendant la période d’attente, mais auront peu de chance de déterminer si vous deviendrez enceinte ou non. Vous pouvez néanmoins exercer un certain contrôle sur la manière dont vous gérez les 2WW.

Les trucs suivants, qui ont pour but de vous aider à demeurer saine d’esprit, ne sont pas « taille unique ». Chaque personne trouve réconfort au moyen de différentes stratégies. Cela peut s’avérer particulièrement difficile si vous et votre partenaire avez des réactions différentes au stress et des façons différentes de le gérer. Par exemple, il n’est pas rare que l’un des partenaires masque ses émotions pour se protéger de la déception en cas d’échec du traitement, alors que son conjoint ou sa conjointe se montre plus optimiste. Ces manières d’être opposées peuvent créer une tension au sein du couple, surtout si l’un des partenaires interprète la réserve de l’autre comme une absence d’engagement face au désir d’enfant. Mais si on les accepte sans interprétation ni jugement, ces différences peuvent aussi être source d’un optimisme prudent et équilibré.

En fin de compte, les stratégies les plus susceptibles de vous aider sont celles qui correspondent à vos croyances, à votre personnalité (par ex. une tendance à voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide), à votre manière habituelle de composer avec le stress. Voici quelques suggestions pour vous aider à survivre aux deux semaines d’attente.

Stratégies pour conserver votre raison pendant les deux semaines d’attente

Laissez le passé façonner le présent. Pensez à une situation très difficile dans le passé que vous avez su gérer efficacement et demandez-vous : « Qu’est-ce qui m’a fait vaincre ce défi ? » Cela pourrait vous aider à identifier des stratégies pour composer avec la situation présente.

Demeurez active. Obligez-vous à rester occupée pour détourner votre esprit de votre corps et de votre fertilité. Si vous cessez de vivre, vous finirez par avoir constamment les yeux fixés sur l’horloge, le calendrier, la moindre sensation corporelle. Si votre travail n’est pas trop stressant, continuez à travailler. Faites preuve d’imagination : lisez des romans à l’eau de rose, regardez des films qui ne vous dépriment pas, faites la tournée des magasins, préparez des repas élaborés ou visualisez des images calmantes – tout ce qui peut vous distraire et faire passer le temps.

Respirez. Si vous êtes anxieuse et stressée, une respiration lente et apaisante peut améliorer votre bien-être physiologique et psychologique. Des techniques corps/esprit peuvent accroître votre impression d’être en contrôle et atténuer les symptômes de stress liés à l’infertilité. Dans son ouvrage Conquering Infertility, Alice Domar, Ph.D. propose un guide détaillé d’auto-assistance pour les techniques de relaxation corps/esprit telles que le yoga, la méditation, un journal personnel et la visualisation supervisée pour composer avec le stress de l’infertilité, les sentiments d’échec et la jalousie à l’égard des femmes qui ont des enfants. Des techniques simples telles que porter attention à votre respiration et la ralentir peuvent calmer vos nerfs et vous aider à gérer l’angoisse pendant la période d’attente.

Soyez indulgente envers vous-même. Gâtez-vous avec des manicures, pédicures, traitements faciaux, massages, repas sophistiqués ou sucreries. Ce n’est pas le moment de vous préoccuper de votre poids ou de faire de l’auto-critique. Après avoir toléré pendant des années les traitements médicaux et de fertilité, vous ressentez probablement des sentiments plutôt négatifs au sujet de votre corps – alors songez à tirer profit de cette période pour le soigner. Après tout, si le traitement réussit, c’est votre corps qui portera et nourrira votre enfant. Adonnez-vous à des exercices peu contraignants comme la marche ou le yoga, tâchez d’avoir une alimentation saine et de dormir quand vous en avez besoin, même si cela signifie faire la sieste pendant la journée.

Pardonnez. Vous devez vous pardonner si vous agissez ou pensez d’une manière opposée à ce que vous aviez annoncé ou espéré. La même chose s’applique à votre partenaire, qui n’est pas parfait lui non plus – il semble peut-être indifférent à l’attente ou dit des choses si insensibles que vous fondez en larmes. Vous ne pouvez vous attendre à vous soutenir l’un l’autre à 100 % tout le temps. Rappelez-vous que vous vous êtes engagés dans ce processus ensemble et que vous avez investi tous les deux dans son résultat éventuel – c’est pourquoi vous devez vous donner mutuellement un peu de marge de manœuvre pendant cette période éprouvante. Les partenaires masculins pourront trouver utile de lire What He Can Expect, When She’s Not Expecting – ce dernier ouvrage de Mark Sedaka contient d’excellentes suggestions sur ce qu’il faut dire et ne pas dire à votre partenaire lorsque vous êtes aux prises avec l’infertilité et des traitements médicaux.

Établissez vos frontières. Si cela est trop douloureux, donnez-vous la permission pendant la période critique de rester loin des gens qui posent trop de questions, vous font de la peine ou pourraient vous en faire, vous en demandent trop, attendent un enfant, ont des bébés ou de jeunes enfants. Faites comme si vous aviez un billet du médecin vous dispensant d’assister à tout événement associé à des bébés ou à des bambins.

Cherchez de l’aide. Identifiez vos sources de soutien et contactez-les (partenaire, ami(e), sœur, prêtre). Vous pourriez trouver utile de contacter d’autres femmes infertiles par le biais de groupes de soutien ou de blogues en ligne (par ex. http://babyblues.blogue.ca ; ivfconnections.com; fertilethoughts.com). Plusieurs femmes ont même des « copines de cycle » qui les aident à travers les hauts et les bas des cycles de traitement.

Faites du bénévolat. Certaines personnes trouvent que la meilleure façon d’oublier leurs problèmes est de faire quelque chose pour les autres – promener les chiens à la SPCA, servir bénévolement à une soupe populaire, s’impliquer à l’église ou passer du temps avec des personnes âgées à une maison de retraite. Idéalement, toutes les activités impliquant de jeunes enfants ou des bébés devraient être évitées parce qu’elles peuvent constituer des rappels douloureux de votre situation présente. Si le bénévolat n’est pas votre genre – ne vous inquiétez pas. Il peut être simplement trop difficile de rassembler vos énergies pour donner du temps aux autres quand vous vous sentez comme si vos ressources étaient déjà taries.

Faites appel à votre foi/à la prière/à votre spiritualité. Quelles que soient vos croyances (religion traditionnelle, croyance en une forme de puissance supérieure ou de karma ou contact avec la nature), cultivez cet élément de votre vie. Vous pouvez recourir à la prière, à des écrits spirituels ou qui vous inspirent, vous pouvez séjourner dans la nature ou assister à des rassemblements spirituels ou religieux. Il n’est pas inhabituel de faire des promesses en échange de l’issue favorable d’un traitement, comme dans le cas de cette femme qui a dit lors des deux semaines d’attente : « Je ne suis pas une personne religieuse et je ne crois pas tellement en Dieu non plus, mais je demande aujourd’hui à l’univers de me donner cela, et je ferai de mon mieux pour lui donner en retour un être humain vraiment formidable. »

Ayez un Plan « B ». Si votre partenaire et vous avez besoin de savoir que vous tenez à chercher d’autres solutions si ce cycle de traitement ne réussit pas, n’hésitez surtout pas à prévoir un plan « B » avant d’entamer les deux semaines d’attente. Cela peut signifier un autre cycle de traitement, la procréation avec la participation d’une tierce personne ou l’adoption. Avoir une solution de rechange peut enlever une partie de la pression et vous rassurer, puisque vous saurez que, d’une manière ou d’une autre, vous êtes décidés à devenir parents. Cependant, certaines personnes n’aiment pas envisager d’autres options si ce cycle échoue, de crainte que cela ne jette un mauvais sort, et il n’y a rien de mal à cela.

Conservez votre sens de l’humour. Lorsque nous sommes confrontés à des événements aussi marquants, et après le stress intense associé aux examens et aux traitements de fertilité, il peut être difficile de trouver le bonheur ou de voir l’humour dans quoi que ce soit. Pourtant, l’humour peut être une thérapie formidable. Selon une étude menée récemment en Israël par Shevach Friedler et ses collègues, un peu d’humour peut faire grimper les taux de grossesse à la suite d’une FIV.2 Ne manquez pas de faire des choses qui vous font rire et sont une source de joie, comme regarder des films drôles ou des enregistrements de votre humoriste préféré. Peu importe ce qui vous amuse, le rire peut améliorer votre humeur et vous distraire de vos pensées.

Consultez un professionnel au besoin. Si l’anxiété ou les pensées négatives vous accablent, ne vous isolez pas. Des professionnels peuvent vous aider en vous écoutant, en validant vos préoccupations et en vous faisant comprendre qu’elles sont normales, et ils peuvent aussi vous aider à élaborer des stratégies utiles. La plupart des cliniques de fertilité possèdent une liste de psychologues compétents qu’elles peuvent vous recommander. Vous pouvez aussi vous procurer auprès du groupe d’intérêt spécial en psychologie de la Société canadienne de fertilité et d’andrologie les noms de membres du groupe dans votre région. Des groupes de soutien locaux et nationaux peuvent aussi vous recommander des psychologues spécialisés dans le domaine de l’infertilité.

Célébrer vos réussites. Malheureusement, il est impossible de rayer deux semaines du calendrier. Acceptez le fait que vous êtes engagée dans un parcours émotif en montagnes russes. Il faut vous y attendre. Les enjeux sont très importants. Alors faites votre possible pour demeurer saine d’esprit et garder les deux pieds sur terre, et célébrez vos petites réussites (« J’ai réussi à passer à travers la journée sans pleurer. »). Pendant les deux semaines d’attente fatidiques, entretenez votre lueur d’espoir avec cette certitude : un jour vous aurez votre réponse et vous pourrez reprendre le cours de votre vie.

Suggestions de lectures

Daniluk, J. (2001). The infertility survival guide: Everything you need to know to cope with the challenges while maintaining your sanity, dignity, and relationships.

Domar, A. D. (2004). Conquering infertility: Dr. Alice Domar’s mind/body guide to
enhancing fertility and coping with infertility.

Indichova, J. (2001). Inconceivable: A woman’s triumph over despair and statistics.


Sedaka, M. (2011). What he can expect when she's not expecting: How to
support your wife, save your marriage, and conquer infertility!

Références

1Boivin, J., Griffiths, E., & Venetis, C.A. (2011). Emotional distress in infertile women and failure of assisted reproductive technologies: Meta-analysis of prospective psychosocial studies. British Medical Journal, BMJ 342:doi:10.1136/bmj.d223.

2Friedler, S., Glasser, S., Azani, L., Freedman, L. S., Raziel, A., Strassburger, D., Ron-El, R., Lerner-Geva, L. (2011). Laughter may be the best medicine to achieve pregnancy after IVF. Fertility and Sterility. Advance online publication. doi:10.1016/j.fertnstert.2010.12.016.

Au sujet des auteures
Judith Daniluk, Ph.D., est professeure de psychologie à l’Université de la Colombie-Britannique. Ses activités cliniques et de recherche portent sur la sexualité et la santé reproductive de la femme ainsi que sur les conséquences psychosociales de l’infertilité. En plus d’avoir signé de nombreux articles, Judith est l’auteure de Women’s Sexuality Across the Lifespan: Challenging Myths, Creating Meanings et de The Infertility Survival Guide: How to Cope with the Challenges While Maintaining your Sanity, Dignity and Relationships.

Emily Koert, M.A., prépare son doctorat en psychologie à l’Université de la Colombie-Britannique. Son champ d’intérêt et de spécialité est la santé reproductive de la femme. Elle rédige actuellement sa thèse sur l’expérience de la vie sans enfant permanente et involontaire chez les femmes qui ont retardé le moment de la maternité.
 







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